Le manifeste du C®AC


 
« Donc le poète est vraiment voleur de feu. »
Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871

    Honneur à ce qui craque, amour à ce qui craque, car il fait place à l’Éternité !
Babillages de l’infini en marche, nos limites, « lignes de fuite » de l’univers, laissent parfois filer de « confuses paroles ».

Si votre ophtalmo ne vous a pas encore rendu voyant, c’est parce qu’il n’a jamais entendu parlé du Cercle ®ationné des Artistes Cleptomanes. Comme beaucoup, il se croit immortel. Quittez-le ou bien, si vous lui êtes vraiment attaché, proposez-lui de le c®acker. S’il refuse, traitez-le de voyou, dites ou pensez « C®AC », jetez-lui son dernier billet à la figure et sortez tranquillement sans vous retourner.

C®AC est le son de la Vie qui s’auto-affecte, qui reconnaît sa Nature, qui n’en revient pas de (se) vivre.

Le C®AC est l’Êtrøn suprême du dadaïsme, lui-même fils spirituel de l'Anus polyglotte. Le glissement du « D » dadaïste au « C » c®acaïste marque le passage du hasardeux bibelot à la nécessité sonore du Trou Blanc, d'où tout jaillit et où tout retourne, y compris le Rien, le fils du Rien et le Silence.
Dada en voulait encore trop à Dad. Les semelles dadaïstes étaient pleines de «Merde à Papa». Et, une fois Dad dead, Dada ne pouvait guère survivre long-temps. Dada décède. D cède le pas à C. Dada cède le pas au C®AC. 

C®AC ! Et le sol tremble à nouveau.
L'esthétique, c’est la marche et la danse du politique. Une histoire de mouvement, de courant.
Quand un trou blanc survient, les mots, les images, les sons, sortant de leur sommeil, s’amusent à jouer de nouveaux tours : lettres, notes, couleurs, respirations, sont les visages précaires d'une page sans fond, sans fin.
Ô mondes ! Moi, pas-je dont les pieds flottent à la surface de l’Éternel ! Ô oiseaux ! Voici le chant qui fait fondre espoirs et désespoirs :

Ô que mon cœur craque,
Ô que j’aille à la mer !

C®AC ! La Beauté, lasse d’être injuriée, craque l’hymen de l’espace. Et nous entrons là où la clé ne tourne plus.
C®AC ! L’inconscient collectif brûle le diaphragme de Jung tout en faisant craquer l’armoire-bibliothèque de Freud.
C®AC ! Le FEU, Fluide Énergétique Universel, fraye le chemin de l'Intersidérale C®acaïste. C’est le retour du refoulé igné.
C®AC est Tout et Tout est C®AC.
C®AC fait craquer la Mort, brûle les bruits qui recouvrent l’Éternité.

« Elle est retrouvée ? Quoi ? L’éternité.
C’est la mer mêlée au soleil
». ¹

Crépuscule des démêlés vaseux, des dualismes coupés de leur chair, des poitrines coupées de leur souffle !
La mer mêlée au soleil, c’est la lave du C®AC passant de voleur de feu en voleur de feu, de corps glorieux en corps glorieux.

Une flamme a toujours brûlé le Monde : la flamme du C®AC. Toutes les puissances vermoulues des six continents se sont unies en une Folle-Alliance pour asphyxier cette flamme. N’ont-elles pas déclaré une guerre sans merci à « la santé essentielle », n’ont-elles pas cherché, pour protéger leur existence infirme, à étouffer la flamme qui couve sous les idéaux panoptiques et les panneaux publicitaires ?
Il est donc grand temps que les « voleurs de feu » relancent à la farce du monde les « frais rayons » de la Brûlure primitive.

C’est à cette fin que le Centre de ®echerche des Automatismes Comportementaux a décidé d’exposer ses visions non-rétiniennes et épiphysiques. A la fois Comité, Centre, Classe, Chorale, Cirque, Con-clave, Cercle, Club, Corporation, Cellule, Cénacle, Collectif, Chœur et Concile, le C®AC est un Corps ardent composé d'artistes-voleurs transcendantaux de tout sexe, de tout âge, de toute origine, de tout règne.
C®AC
est le mot de passe qui permet d’arrêter l’Histoire, de stopper l’immonde où nul ne peut habiter.
La caverne d’Ali Baba et la caverne platonicienne sont une seule et même.

Le Trésor se trouve au-dehors : le monde des formes que révèle la lumière du soleil.
Le Trésor se trouve au-dedans : le soleil des Idées, la co-naissance de l’amour.
En chaque voleur d’âmes sommeille un voleur de feu, un ami du Feu dévorateur. C’est la même étincelle qui fait crépiter les synapses, se dilater les cœurs et craquer les indices boursiers.
Pyrotechniciens du cœur, pyrosophes, les artistes du C®AC ne sont qu’un divin combustible, énergie renouvelable au service de la danse poïétique du Réel.

C®AC ne croit pas au hasard et parie tout sur le trou blanc si c’est pile !
C®AC, Cirque rupestre des alcooliques centenaires, se visite un verre en prose à la main !
La 8ème merveille du Monde s’appelle Emma Tom et brille dans le tic tac lacté de l'univers !

« Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, - les fleurs qui regardaient déjà.» ²


1 Arthur Rimbaud, L'Éternité (1872).
2 Arthur Rimbaud, Les Illuminations, Après le Déluge (1873-1875)

 

                                                                        
   Le Cercle ®ationné des Artistes Cleptomanes
Ali Lham / Laurent Hélie
2012